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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 13:39
 

Talence, symbole d’une défaite prévisible de la droite aux municipales

 

La ville de Talence pourrait basculer à gauche compte tenu de la configuration politique locale et très emblématique d’une équation qu’on retrouvera dans d’autres villes de cette taille. L’occasion de mettre les coups de projecteur sur cette ville grande, mais trop moyenne pour être dans le champ de mire des médiarques parisiens.

undefined     Ce 26 février 2008, Ségolène Royal est venue soutenir plusieurs candidats aux municipales dans les grandes villes girondines. Certes, les chances d’Alain Rousset, le plus médiatisé, sont d’ores et déjà réduites pour diverses raisons locales. Mais cela ne nous interdit pas de mettre un coup de projecteur sur Talence, ville dépassant les 40 000 habitants, accueillant sur son territoire une université scientifique, nombre d’étudiants et avec, des établissements d’enseignement supérieur, architecture, hôtellerie, commerce, grandes écoles.

Talence fait donc partie des villes de plus de 30 000 habitants, seuil de population ouvrant droit à certaines dispositions légales mais aussi seuil symbolique dès lors que le scrutin est politisé, comme c’est le cas en 2008 et d’ailleurs, cette politisation, bien que jugée non déterminante par une courte majorité de Français, sera déterminante pour quelques dizaines de communes dépassant ce seuil symbolique et pouvant basculer si l’enjeu politique pèse suffisamment. Car dans les élections indécises, c’est une minorité d’électeurs qui fait basculer dans un sens ou dans l’autre. Bien que les lignes de polarisation idéologiques aient été bouleversées depuis des décennies, on retrouve un peu la situation des élections de 1983 où une fronde contre Mitterrand fit perdre à la gauche 31 villes de plus de 30 000 habitants, dont Talence, alors dirigée depuis 1965 par Deschamps, de la SFIO puis du PS. La ville fut prise par Gérard Castagnera, dont le décès en 1994 amena aux commandes un de ses adjoints, Alain Cazabonne, prenant vite la situation en main, réélu en 1995 alors que la gauche nationale était en perdition, puis en 2001 face à un candidat socialiste plutôt terne et dans un contexte plutôt morose pour la gauche. Dans le Prince de Machiavel, on lit que lorsqu’on prend le pouvoir par la fortune, il est plus difficile de le conserver que lorsqu’on l’acquiert par la virtù. Certes, ces propos sont d’une autre époque mais ils ont encore une part de signification et nous verrons bien si Alain Cazabonne saura conserver cette ville qu’il eut en sa possession suite au décès du maire en exercice et qu’il a gérée correctement mais avec un bilan contrasté et sans éclat particulier, excepté le tramway, équipement dont la maîtrise d’ouvrage sort très largement de son pouvoir de maire.

On ne peut lui reprocher d’avoir « aménagé » un centre-ville, et accueilli un multiplexe Gaumont, favorisant ainsi l’animation et les sorties ciné-resto mais cela ne donne pas une âme à une ville. Le principal reproche fait au maire actuel, c’est sa politique de quartiers, notamment Thouars, là où sont concentrés nombre d’HLM avec des ménages plutôt modestes, pour ne pas dire pauvres. Autant dire que ce lieu où fut tourné la saynète électorale pour les habitants et les médias est éminemment symbolique. Gilles Savary, chemise ouverte, aurait pu choisir le campus universitaire pour accueillir Ségolène Royal, à une époque où l’on parle de croissance et d’économie de la connaissance. Mais c’est dans ce quartier populaire à forte mixité sociale, entre deux barres HLM, que madame Royal, au sourire imperturbable, au regard iconiquement divin, est venue professer quelques bonnes paroles de gauche après la déclaration d’intention de Savary, fort applaudi lorsqu’il affirma avec force qu’une ville, ce n’est pas que du béton mais aussi et surtout des gens dont certains sont en difficulté. Ce qui lui a permis de lancer une pique à son adversaire Cazabonne, lui reprochant de s’occuper des jeunes en leur offrant des places de cinéma ou pour les stades, au lieu de leur donner les moyens de s’insérer dans l’existence professionnelle et citoyenne ; de traîner pour financer des équipements dans le quartier. Autant dire que le PS a, l’espace d’un instant, retrouvé quelques-uns de ses fondamentaux et misé sur son électorat historique. Est-ce que cela sera suffisant pour la victoire le 16 mars ? En tout cas, c’est bien parti, au vu des résultats aux présidentielles donnant 58 points à la candidate du PS.

La seule issue pour Cazabonne, c’est de se faire neutre, carrément suisse et d’ailleurs, il se présente sous l’étiquette du Modem en se déclarant apolitique, vu qu’il fut UDF avant la scission post-présidentielle et aussi qu’il a compté les résultats de 2007 donnant au premier tour 24 points à Bayrou, alors que Sarkozy ne fit que 25 points. Autant dire qu’en se réclamant de la majorité présidentielle, il eût couru à sa perte. Cazabonne, justement, fébrile, est venu provoquer de sa présence la rencontre entre Royal et Savary, non sans une algarade physique filmée par les caméras de FR3. Sans doute, sent-il le vent tourner mais ce n’est pas la première fois que le maire de Talence fait preuve d’une certaine nervosité. Un jour de marché, à Thouars, il en est venu aux mains avec quelques citoyens associatifs venus afficher des pancartes pour signaler des points de contestation sur la politique du maire. Ultime provocation, la mise au placard de la tribune politique des Verts dans le dernier bulletin municipal, juste un tiers de page, mais restée vide sous prétexte que le texte n’avait pas été envoyé dans les délais. Pourtant, Monique de Marco, responsable des Verts talençais et seconde de la liste Savary, m’a assuré qu’elle avait envoyé le document* dans les délais et qu’elle en a la preuve. Bon, ce ne sont que des petites affaires de clocher dira-t-on mais qui, accumulées, en disent long sur la personnalité controversée du maire actuel, jouant les mécaniques sur son fief.

Les Verts sont la seconde composante de cette liste unitaire de la gauche traditionnelle, union sacrée comprenant le PS, le PC, le MRC et en plus, quelques étiquetés société civile dont une représentante de la CoorCiTal, réseau regroupant des associations non affiliées à la mairie. Tout ce monde réuni pour une reconquête à gauche dans le contexte politique que l’on sait et qui pèsera de tout son poids sur ce scrutin apparemment indécis (pour info, j’ai fait l’impasse sur la liste LCR et sur une liste dissidente de gauche). Quant à la campagne, elle se joue comme dans toutes les grandes villes ; l’équipe sortante défendant son bilan et l’adversaire attaquant avec une batterie de critiques dont les autres se défendent. C’est le cas à Talence avec deux exemples, l’un concernant la politique du logement et ses résidences hôtelières du centre qui ne feraient pas entrer suffisamment de taxes d’habitation et l’autre sur la question des espaces verts qui auraient été mal soignés, et le maire d’infirmer. On dira que c’est un peu le lot de la politique, un peu comme la publicité pour un fabricant. S’il n’en fait pas, son concurrent en fera et donc, pour être sûr de ne pas perdre de consommateurs, la publicité est pratiquée sans connaître son efficacité réelle. En ce sens, il faut attaquer, comme le fait Savary, car cela ne peut pas faire perdre de voix à son camp et même en gagner. Et Cazabonne de se défendre. C’est de bonne guerre. Tout est question de confiance. L’électeur n’a pas des heures et des heures pour examiner les chiffres à la loupe. Mais il connaît son compte en banque et voit bien comment la mairie gère les quartiers.

A Talence, le choix sera clair pour une partie non négligeable des électeurs, ceux des classes moyennes et précaires, qui subissent les assauts répétés de la politique de droite depuis six ans, avec une intensification après l’élection de Sarkozy, dans un contexte où certaines ressources fondamentales augmentent, pas énormément certes, l’alimentation, beaucoup plus, l’essence, qu’on met dans sa caisse pour aller bosser ou dans son scooter, alors avec les franchises médicales, tout ça s’additionne et Talence mérite largement un maire de gauche, en misant aussi pour un renouvellement de l’équipe, l’ancienne ressemblant, aux yeux de certains, à un club de notables provinciaux jouant les commensaux dans les partages municipaux. C’est d’ailleurs ce que rapporte un militant associatif, évoquant une rencontre publique où, lorsque Cazabonne épingla son adversaire, les « sourires BCBG » se sont ouverts dans l’assistance. Mais le maire a su aussi être très présent dans sa commune, s’occupant un peu de tout, des vieux, des jeunes, s’affichant dans les moindres manifestations locales, photos à la clé dans le bulletin municipal, et surtout, marquant de sa présence et son soutien nombre d’associations servant de vitrines pour l’équipe municipale actuelle. Voilà la clé, Savary et son équipe ont des idées de changement et l’élan de gauche avec eux, mais ils ont face à eux les habitudes et l’implantation d’une équipe. Sur ce coup, si rupture il y a, elle viendra de la gauche ! Faut que ça bouge, Talence n’a pas vocation à devenir une ville dortoir et les fêtes talençaises méritent sans doute mieux que Dave ou Nicoletta pour célébrer les talents français. La roue doit tourner et pour bien des citoyens talençais, c’est un zeste d’honneur que de bouter le clan des installés et le camp des mieux lotis. Et de refuser cette dissolution des classes et des valeurs sociales inscrite dans la rupture.

 

 

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* Quand la communication tient lieu d’action (extrait de la tribune des Verts talençais, par Monique de Marco, Laure Bidon et Jean-Luc Légeron)

Sarkozy, le prestidigitateur, nous a appris que la communication est plus importante que l’action : « travailler plus pour gagner plus », « augmenter le pouvoir d’achat ». Utilisant la même technique, notre maire s’adonne à la prestidigitation qui consiste à détourner, à grand renfort médiatique, l’attention du public vers un point de détail pendant qu’il escamote le lapin blanc.

L’exemple le plus récent est la cérémonie d’attribution du label « Arbre remarquable » pour la sauvegarde d’un orme du Caucase dans le nouveau parc Curvale. La célébration de cet arbre cache la forêt d’erreurs irréversibles comme la dévastation du parc de la maison Veillon (pour installer une énième agence bancaire) revêtu de bitume et l’amputation du bois Lafitte pour construire 60 logements.

 


Bernard Dugué, ingénieur, docteur en philosophie et coanimateur du café philo de Talence
 

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Published by journal Dazibao - dans MUNICIPALES 2008
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commentaires

mourad 20/06/2008 18:23

pétition pour la déstitution de sarkozy, j'ai signé et je vous invite a signer et à diffuser largement, pétition à signer sur  http://www.antisarkozysme.com

Morceaux choisis

Le Collectif Citoyen Talençais

Le Collectif Citoyen Talençais et les Municipales de Mars 2014 -  confer le Dazibao n° 20

Quinze ans d’engagements, de combats de citoyens qui ont voulu « se mêler de ce qui les regarde », c’est-à-dire de la vie de leur commune, et ceci au-delà des échéances électorales.

Des citoyens organisés en associations, pour s’opposer à des projets néfastes pour la commune, comme la destruction du patrimoine architectural et végétal communal (école Joliot-Curie, maison Labro, parc Sourreilh, bois Lafitte, prairie Bel Air ...), pour demander une vraie politique en matière de déplacements doux (pont St Marie, vélos...), contre la malbouffe et les passe-droit (Mac Do), pour sauvegarder l’école maternelle Picasso, pour exiger une offre de logements variée et arrêter la densification galopante via des projets immobiliers profitant d’abord aux promoteurs.

En 2002 ils ont créé des Conseils de quartier, un réseau inter associatif d’information et d’échange la CoorCiTal, et un journal citoyen, Dazibao.

Ce combat et cet engagement associatif, ont abouti à la création du Collectif Citoyen Talençais avant les élections municipales de 2008. Nous avons proposé notre plate forme et nos idées en matière de services publics de proximité, de déplacement, de logement, d’équipement collectif, de démocratie participative associant l’expertise et le diagnostic des citoyens au pouvoir représentatif...

Notre conseillère municipale, Petra Rosay, a porté ces idées au sein de l’opposition de gauche pendant ces six dernières années.

Aujourd’hui, face à la liste de droite dirigée par A. Cazabonne, la gauche n’a pas réalisé l’unité. Le CCT, refusant d’ajouter à la confusion, tient cependant, à travers ce journal, à contribuer à la nécessaire alternance.

Pour les élections de 2014, il va de soi que nous souhaitons toujours la sortie des sortants : qu’ils partent avec leurs amis promoteurs, leur clientélisme, leurs consultations bidons… 30 ans ça suffit! Il faut une alternance à Talence, le renouvellement infini des mandats facilite la corruption et la professionnalisation de la politique, tout le contraire de ce que nous revendiquons.

Le collectif citoyen remet en débat ses propositions pour Talence. Il continuera à jouer son rôle en défendant ses propositions quels que soient les vainqueurs de l’élection par l’information, l’éducation, la mobilisation. Il sera avec les Talençais qui veulent développer le bien être collectif.

30 ans ça suffit !  Profession, homme politique. Trente ans de pouvoir, dans la même majorité municipale de droite, sans partage, sans alternance, depuis 1983. Trois mandats de Maire, 1995-2001, 2001-2008, 2008-2014, c’est aussi cela le cumul des mandats, le cumul dans le temps.

Six ans, le mandat électif le plus long de nos institutions républicaines avec celui des sénateurs, une éternité lorsqu’on le triple.

Le pouvoir très étendu d’un Maire, « un roi en son royaume » déterminant pour notre vie locale, notre quotidien, notre environnement.

Le pouvoir d’un patron de majorité, qui vous assure 80% des sièges au conseil municipal si peu que vous ayez une majorité dans les urnes, qui vous permet de gouverner pratiquement sans contrepouvoir.

On peut rêver mieux pour une démocratie moderne surtout lorsqu’elle est locale.

« Une ville c’est un laboratoire de la démocratie et du vivre ensemble » dit notre bon Maire, oui mais sans changer le patron, juste en faisant tourner les citoyens dans leurs tourniquets !

Durer.

Durer en politique c’est un objectif qui  finit par devenir une obsession, une maladie qui vide de son sens la démocratie, qui se nourrit de clientélisme, de copinage et de réseaux. Chez nous à Talence c’est M. Chamakh, footballeur et bâtisseur, ce sont les 600 000 Euros de subvention municipale pour l’Ecole des sports motorisés, les permis de construire à gogo pour quelques promoteurs immobiliers qui ont rempli notre commune d’immeubles de 5 étages et demi et de résidences hôtelières...

Durer en politique c’est aussi finir par ultra personnaliser la fonction, imposer ses vues, se complaire dans l’absence de débat contradictoire et démocratique.

Durer en politique, c’est faire  de la commune, son domaine, son territoire, son fief, conçu par vous, selon vos goûts, les administrés devant s’adapter.

Changer.

Changer c’est casser les réseaux constitués au long cours et ça fait un bien fou à la démocratie et aux citoyens.

Faisons un geste pour la démocratie locale, Talence a vraiment besoin d’alternance.

30 ans ya basta !          

Café philo Citoyen Talençais

la 3ème tribune citoyenne de Talence

Vous recevez chaque mois dans votre boîte aux lettres le « CITÉ MAGAZINE » de la Mairie de Talence et vous pouvez y lire en dernière page deux tribunes libres, celle des élus de la gauche talençaise jouxtant celle des élus du groupe majoritaire. Ces derniers, disposant de la version adverse plusieurs jours avant de rédiger la leur, peuvent donc répondre sur la même page sans crainte d’être contredits, assurés d’avoir le dernier mot. Maintenant, vous trouverez sur le blog du « Journal Dazibao », chaque fois que cela sera nécessaire, une « 3ème tribune libre citoyenne » qui remettra les Talençais dans le rôle d'arbitre, comme il se doit en toute bonne démocratie.

Tribune libre citoyenne d'Octobre 2013

Tribune libre du CCT de Mai 2012.

 

 

 

 

La démocratie

" La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement son bulletin dans l'urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus, puis se désintéresser, s'abstenir, se taire pendant cinq ou sept ans. (...)

La démocratie n'est efficace que si elle existe partout en tout temps. Le citoyen est un homme qui ne laisse pas aux autres le soin de décider de son sort commun. Il n'y a pas de démocratie si le peuple n'est pas composé de véritables citoyens, agissant constamment en tant que tels "

Pierre Mendès-France ( la république moderne 1962 )